Pour en finir avec les miracles bibliques.
D’autres fois, comme un pacifiste : « Et moi je vous dis de ne pas résister au méchant, au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre » (dans Matthieu, chapitre 5, verset 39). On insiste d’un côté sur le fait qu’il est un thaumaturge, parfois sur autre chose, chaque lecteur peut pratiquement trouver le Jésus qui l’intéresse en cherchant bien. Bienentendu, face à cela, les théologiens s’efforcent d’harmoniser toutes ces incohérences afin de présenter un Jésus unifié. Mais est-ce vraiment convaincant ? Sur la base de tout cela et d’autres arguments dont nous n’avons pas le temps de discuter ici, certains auteurs vont même jusqu’à défendre l’hypothèse qu’il n’y aurait pas eu de Jésus historique. Cela s’appelle la thèse mythiste. L’historien Richard Carrier propose qu’il y aurait d’abord eu une croyance dans un Jésus qui ne serait qu’un être céleste. Il s’agirait du Jésus Christ dont parle Paul dans les épîtres. Par la suite, les évangélistes, à commencer par l’auteur de Marc, aurait créé des fictions qui placeraient cette entité surnaturelle dans le plan matériel. Soyons parfaitement clairs, la thèse mythiste est extrêmement minoritaire chez les spécialistes du sujet. Il semble que penser qu’il y a effectivement eu un Jésus historique à l’origine du christianisme reste plus plausible, même si on ne sait pratiquement rien dire de lui avec certitude. Néanmoins, quand on a tous ces débats en tête, expliquer les miracles de Jésus prend une forme beaucoup plus littéraire. Puisqu’on est largement devant des oeuvres de fiction, pourquoi les évangélistes insistent-ils sur ces événements surnaturels ? Pour donner un seul exemple, le fait que Jésus marche sur les eaux de la mer serait potentiellement un écho du fait que Moïse aurait sauvé le peuple juif en ouvrant les eaux de la mer rouge. Au cinéma, on parlera aujourd’hui d’Easter eggs, des oeufs de Pâques en anglais. Tout comme le spectateur reconnaît les clins d’yeux à E.T., l’extraterrestre, dans la première saison de la série télévisée Stranger things, de même, les lecteurs du Nouveau Testament reconnaîtraient les reprises de l’Ancien Testament, qui connectent la figure de Jésus avec les personnages qui l’ont précédé. Dans ce contexte, les explications à la Ernest Renan semblent finalement peu nécessaires. À noter que des arguments similaires peuvent être faits à propos de bien des personnages de l’Antiquité. Les meilleures biographies d’Alexandre Legrand datent par exemple d’au moins quatre siècles après sa mort, mais se basent sur des textes antérieurs que l’on
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