Le Conspirationnisme - Le Complot Cosmique
Emmanuel Kreis : Pour lire ces textes alors là, je pense que ça dépend des textes, ça dépend de leur contexte d'écriture. Donc il y a des œuvres qui se veulent des pures fictions qui ne peuvent pas être abordées comme lesœuvres décrivant la réalité. Donc déjà, le statut desœuvres en elles-mêmes est différent, ce qui demande donc d'avoir une approche différente des textes. C'est pour ça qu'on ne peut pas aborder le Matin des Magiciens comme on peut aborder des ouvrages postérieurs qui, même s'ils en reprennent des bouts, le présentent comme une réalité. Après ça, il y a des auteurs qui restent très ambigus aussi sur ces questions-là. Donc, pour des raisons qui sont parfois la mauvaise foi parfois des auteurs de bonne foi, mais l'ensemble est généralement compliqué. Donc c'est un écheveau assez indémêlable pour certains et qui nécessite en effet d'avoir un certain recul par rapport à ces textes. Et surtout de faire des comparaisons entre ces textes, les éléments qui sont intégrés par ces littératures-là dans une dimension historique. Donc moi, la façon dont j'aborde : j'essaie de voir des éléments matrices qui sont présents dans ces textes et qui vont se répercuter et qui éventuellement vont sortir dans certaines autres catégories de textes. Et on peut voir des contaminations ou des passages de texte. Passages qui ne sont pas forcément volontaires : les gens se sont nourris de textes et après ça vont alimenter leur propre théorie. Par exemple, actuellement en France il y a eu un livre qui est sorti il y a peu de temps par une journaliste qui travaille beaucoup sur la franc-maçonnerie et qui a intitulé son livre "Un État dans l'État". Le livre a eu un certain écho. Avec un ami qui travaille sur l'antisémitisme en Allemagne, on relève dans nos études la mention "d'état dans l'état" et on la remonte jusqu'au XIXe siècle pour voir d'où vient ce mot et comment il a pu se propager à travers des textes. Donc cette dimension-là me semble quelque chose d'assez important ; de pouvoir faire la généalogie, finalement des idées et des thèmes, pour pouvoir voir comment se construisent les textes. Jean-Michel Abrassart : Quand tu lis ce genre de littérature, particulièrement les trucs sur l'antisémitisme, sur le nazisme, moi je disais justement qu'il y a des aspects... J'ai du mal à lire ce genre de littérature parce que, bon, c'est un peu nauséabond parfois. En tant que chercheur, tu es obligé de lire ce genre de littérature ! Comment ça se passe quand tu lis ce genre de truc, tu prends une distance ? Comment tu peux expliquer la démarche ? Emmanuel Kreiss : Alors, en effet, c'est une littérature qui est assez nauséabonde, c'est surtout une littérature extrêmement fastidieuse.
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